
Je connais Jean Marie depuis près de 30 ans.
C’est un petit méridional (tout petit, même plus petit que moi qui suis bloqué à 1m70 avec des talonnettes), à l’accent bizarre mais rigolo, qui ponctue chaque phrase d’un «hé, té, vé» tonitruant, avec des doigts spatulés qui rendent ses mails difficiles à lire car du coup il tape les lettres par deux, toujours en mouvement et jamais où on l’attend.
C’est aussi un passionné de pub. Quand on lui demande comment ça va, il répond «la vie ça roule en Supercinq». Quand on lui demande l’heure : «le jour s’éloigne, Johnny Walker approche». Quand on lui demande pourquoi il s’est maintenant installé en Suisse : «c’est facile, c’est pas cher, et ça peut rapporter gros !» (en fait, c’est parce que les banquiers français, subtils analystes, lui ont dit que la Nuit des Publivores ne marcherait jamais et qu’il ferait mieux de vendre pour investir en bourse). Et quand, récemment, il a été dragué par une superbe créature, je l’ai entendu répondre : «fond dans la bouche, pas dans la main», puis devant les yeux inquiets de la créature, il a ajouté : «il ne colle jamais…».
Il m’a même dit, les yeux mouillés de larmes, alors que je lui parlais du décès de sa Tante de Toulouse (une femme charmante qui nous a quitté trop tôt) et lui demandais si l’enterrement s’était, si l’on peut dire, bien passé : «c’est le plus grand numéro qu’une bière peut nous faire».
Bref, il est un peu barge.
Du reste il faut l’être pour faire chaque année plus de deux fois le tour de la terre afin de présenter ses Nuits dans le mon de entier. Pour gérer une cinémathèque de près d’un million de films publicitaires, venant de plus de cent pays, et les connaître tous par cœur. Pour présenter, lors des Nuits, des numéros d’autres fous dangereux comme Bégonia ou Mister Gadget, faire faire la chenille à des milliers de personnes avec la Bande à Basile, ou leur faire faire le lapin (qui, ce matin, a tué un chasseur) avec sa grande idole Chantal Goya.
Mais la faute à qui ?
A vous Publivores. Car son plus grand plaisir est de vous voir, à chaque Nuit, hurler de rire, reprendre en cœur, et en chantant, les publicités qui passent sur l’écran, inonder vos voisins de confettis, taper dans vos mains et dans des ballons roses qui tombent du plafond… puis, au petit matin blême, sortir de plusieurs heures de spectacle épuisés, les yeux rouges comme des lapins myxomateux, mais heureux, hilares, shootés au plaisir.
Enfin, et surtout, Jean Marie c’est mon ami. Un ami de trente ans. Pas au sens balladurien (les vieilles personnes comme moi comprendront), mais au sens boursicotien : fidèle, honnête, attentionné, toujours présent quand on l’appelle (si son téléphone ne sonne pas dans le vide parce qu’il anime une Nuit à Moscou, New York ou Brasilia).
Alors je profite de cette tribune pour vous le dire, amis Publivores, vous me rendez jaloux à force de m’en priver. Vous lui prenez trop de temps. Vous ne me le laissez pas assez. Vous comptez trop pour lui.
Mais, malheureusement, je crains bien que cela ne serve à rien.
Sa plus belle histoire d’amour : c’est vous.
Gilles Moreau
(De l’agence Léo Burnett / Révolutions – si vos parents ou amis ont des budgets, un peu de pub, cela ne fait jamais de mal – et frustré de JMB)

| © CINEMATHEQUE JM BOURSICOT |
|
|