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L'EDITO, PAR GILLES MOREAU
Lettre à un marseillais cyclothymique.

Mon petit Jean Marie, l’an dernier la Nuit a eu 30 ans.

Ce fut une belle fête. Partout dans le monde. Dans chacune de la centaine de villes qui l’ont accueillie. Un enchaînement quasi ininterrompu de rires et de bravos.

Et depuis, les autres Nuits du début de 2011 ont toutes été, comme d’habitude, des succès.

Alors je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi, lorsque tu m’as appelé il y a quelques semaines pour me demander un texte pour ton programme, tu avais l’air si morose. On aurait dit que tu n’y croyais plus.

Tu as commencé à me raconter un salmigondis fait de « Oui, je ne suis entouré que par des cons, des fonctionnaires à moustache qui n’y comprennent rien », « Dire que j’ai du m’expatrier parce que les autorités françaises n’ont jamais voulu s’intéresser à mon travail », « Non, la pub ne me fait plus rêver comme avant. Où sont la tornade blanche d’Ajax et le parfum Ploum Ploum ? », « Et puis les films de pub à la TV deviennent chiants, je comprends que les Français soient de plus en plus nombreux à dire ne plus les aimer » …

Allons bon. Avais-tu mangé de la fondue au Chester la veille comme le Little Nemo de Winsor McCay ? Etait-ce le spleen des lendemains de fêtes ? Le blues du trentenaire (je dis cela pour être gentil puisque je connais ton âge) ? Ou, plus grave, un début de renoncement ?

L’inquiétude me gagnait.

Et, puis, sans que je puisse placer un mot (tu es marseillais et donc volubile), tu as commencé à t’auto persuader que finalement le monde n’était pas si désespérant. Et la pub d’aujourd’hui non plus.

« En fait, il y en a quand même qui m’ont aidé. Jacques Séguéla depuis le début. Mais aussi Jan Kouken ou Etienne Chatilliez. Bon, c’est vrai, je rencontre encore des gens fantastiques, comme Patrice Leconte. Je ne te l’avais pas dit mais c’est le parrain de la Nuit Cette année. Et puis hier j’ai vu un truc sur Internet pour une marque de pizzas, je pissais de rire. Et le film avec le ketchup qui éclate, t’as vu ? Génial non ? Bon, cette année faut que je numérise mes 950.000 films, ça va me coûter une blinde mais c’est essentiel, faut sauver tout ça … »

Et cela a duré une heure. Un peu fatiguant mais rassurant.

Rassurant pour nous, tes amis Publivores. Rassurant parce que, c’est sûr, tu es, et la Nuit avec toi, reparti pour 30 ans.

30 ans qui te permettront de continuer de vivre ta passion et d’en vivre. 30 ans de rencontres passionnantes à venir. 30 ans de pub qui te feront encore rire et rêver, si les annonceurs comprennent que les clients c’est comme les femmes, il faut les faire émouvoir ou les faire rire pour les séduire et pas seulement essayer de les convaincre avec du pur rationnel. Et surtout 30 ans de plus de bonheur. Un bonheur que nous partagerons avec toi, fait d’émotions, de rigolades, de ballons et de confettis lancés en l’air, de cris hurlés en commun pour ponctuer les images que tu auras su nous sélectionner.

Voilà ce que je voulais te dire mon petit* JMB. Et j suis sûr que quand ils t’applaudiront, tous les Publivores du monde feront le même souhait que moi et que la mère de Napoléon quand son fils est devenu empereur : « pourvu que ça dure ».

Gilles Moreau
* je te rappelle que tu l’es plus que moi, qui pourtant ..

 

 
© CINEMATHEQUE JM BOURSICOT